Satu Mare, Județ de Satu Mare – Roumanie
Soutien aux personnes sans-abri // Campus Social « Baia Publica »
LE CONTEXTE DE VOTRE ACTION
Comme de nombreux pays européens, la Roumanie fait face à de nombreux problèmes liés à la pauvreté, la précarité et le mal-logement. Les derniers rapports de la FEANTSA (Fédération Européenne d’Associations Nationales Travaillant avec les Sans-Abri), la Roumanie se trouve à la 24e place sur les 28 pays de l’Union Européenne en ce qui concerne le mal-logement. 30% de la population est également à risque de pauvreté et d’exclusion sociale (7e regard sur le mal-logement en Europe 2022). L’histoire de l’exclusion sociale est étroitement liée au contexte social communiste et post-communiste, où la politique pro-nataliste du dictateur Ceausescu a rempli les orphelinats et les centres de placement d’enfants non-voulus, sans mettre en place de système social pour les aider lorsqu’ils atteignaient leur majorité. De fait, de nombreux enfants placés se retrouvent à la rue à leur majorité, et trente ans après la chute du régime, la situation a très peu, et très lentement, évolué. Or, les problématiques du mal-logement incluent également un accès restreint aux moyens de satisfaire les besoins physiologiques et de sécurité : accès à la nourriture, à l’eau, satisfaction des besoins d’hygiène de base. C’est pour répondre à ce constat que plusieurs associations françaises liées à Emmaüs ont commencé à mettre en place des maraudes dès 1994 dans la ville de Iasi (dans la région Nord-Est, région la plus pauvre du pays. La rencontre de ces personnes, françaises et roumaines, désireuses de s’investir et de venir en aide aux laissés pour compte de la ville, a posé les bases de la communauté Emmaüs actuelle.
LES ACTIVITÉS MENÉES DANS LE CADRE DE VOTRE ACTION
Jusqu’en novembre 2023, l’équipe d’Emmaüs Iasi a mis en place des maraudes quotidiennes dans différents lieux de la ville. Le but de ces maraudes était principalement la distribution de nourriture et de vêtements et chaussures pour les sans-abris et des familles vivant dans la précarité. Ces maraudes permettaient également de maintenir le lien social avec les différents bénéficiaires de la Fondation et de les accompagner dans leurs démarches administratives et médicales. Les repas étaient des donations préparés par plusieurs restaurants de Iasi, les vêtements et les chaussures étaient des donations issues de nos magasins d’occasion, et plusieurs volontaires, étudiants en médecine générale ou en dentaire nous accompagnaient régulièrement pour des consultations et pour prodiguer des soins. Emmaüs Iasi a reçu des financements de divers partenaires, qu’ils soient locaux ou internationaux, pour mener à bien ces maraudes. La mairie de Iasi s’implique notamment depuis plusieurs années dans nos projets sociaux. Ces maraudes sont un bon moyen pour nous d’approcher des personnes qui remplissent les critères pour éventuellement rejoindre la communauté. A partir de septembre 2023, Emmaüs Iasi a ouvert le Campus Social « Baia Publica » (Bains Publics) de Iasi. Il s’agit d’un centre d’accueil de jour où les personnes sans-abri viennent recevoir un repas chaud, des vêtements, et une aide administrative, médicale et psychologique. Ils peuvent également se laver, laver leurs vêtements et se faire couper les cheveux. Le projet est financé par Kaufland Romania à travers le fonds « In Stare de Bine ». Ce financement va permettre à Emmaüs de gérer le centre jusqu’en avril 2024. Environ 100 repas sont ainsi distribués chaque jour, et près de 200 personnes reçoivent l’aide d’Emmaüs. A partir de janvier 2024, suite à la mise en place d’un Etat d’urgences lié aux températures extrêmement basses de cet hiver, le Campus est également devenu un centre d’accueil d’urgences de nuit pour hommes pouvant accueillir jusqu’à quarante personnes. Le centre de nuit restera ouvert le temps que durera l’Etat d’urgence. La Fondation est actuellement à la recherche de fonds pour permettre au Campus Social de rester ouvert après avril 2024. Dans l’hypothèse où celui-ci viendrait à fermer, nous reprendrons les maraudes dans la ville.
QUI S’IMPLIQUE DANS VOTRE GROUPE ?
– Une assistante sociale, Ana-Maria, qui gère le Campus Social
– Une psychologue, Simona, qui gère le projet « In Stare de Bine »
– Un compagnon, Vasile, qui gère l’accueil de nuit, l’accueil des bénéficiaires, la surveillance des locaux la nuit et la résolution des conflits
– Trois volontaires en service civique, Cynthia, Elise et July, qui accompagnent les bénéficiaires pendant la journée et proposent notamment des activités ludiques et sportives
– Plusieurs compagne.ons qui s’occupent du ménage et de la distribution des repas
– Une ancienne compagne, Mihaela, qui est désormais salariée et gère l’entretien des locaux
– Des étudiants en médecine générale et dentaire qui viennent proposer des soins
– Des volontaires du Service Volontaire d’Ambulance
AVEC QUELS PARTENAIRES PORTEZ-VOUS CETTE ACTION ?
Le projet est financé par Kaufland Romania. Les locaux de « Baia Publica » sont mis à disposition par la mairie de Iasi. La mairie aide également de manière ponctuelle les actions sociales d’Emmaüs Iasi. Emmaüs Iasi travaille en partenariat avec la police municipale pour la surveillance des locaux pendant la nuit, et avec le Service Volontaire d’Ambulance pour le suivi médical des bénéficiaires. L’AMSFI (Association médicale des étudiants francophones de Iasi) vient régulièrement distribuer de la nourriture et proposer des soins. Les repas distribués sont préparés grâce aux donations de la Banque Alimentaire de Roman (qui reçoit les invendus de Lidl et Kaufland) et de l’association Mai Bine (qui récupère les invendus de Mega Image). L’église de quartier Talpalari donne également régulièrement des repas et des vêtements/couvertures. L’association belge MERGEM finance depuis de nombreuses années nos maraudes et finance régulièrement les dépenses du Campus Social. De manière générale, notre action se base énormément sur l’implication de la population de Iasi et les donations de particuliers : un à plusieurs repas par semaine sont financés par des particuliers, qui font notamment acte de pomana (un acte de charité très important dans la culture orthodoxe), de même que nous recevons régulièrement des donations de couverture, chaussures, chaussettes, veste d’hiver, etc.
PERSPECTIVES FUTURES
Notre but à long terme est d’aider les personnes sans-abri à connaître leurs droits et à obtenir les aides sociales qui leurs sont dues. Beaucoup de personnes sans-abri ne connaissent pas leurs droits, ce qui rend leur vie dans la rue d’autant plus difficile. Nous voulons également inciter les instances gouvernementales à s’impliquer plus et mieux dans la lutte contre la pauvreté. Nous souhaitons être un moteur d’implication. Ce projet n’aurait pu voir le jour sans l’important réseau qui s’est créé autour de nous et qui nous aide, jour après jour, à mettre en place nos actions d’aides sociales. Nous souhaitons, de fait, aider un maximum de personnes sans-abri à sortir de la rue. Pour cela, nous souhaitons étendre nos actions pour toucher et accueillir plus de bénéficiaires. Dans l’immédiat notre but est de pérenniser le Campus Social après la fin du projet en avril 2024, en cherchant de nouveaux financements et partenaires, tout en améliorant l’autonomie économique de notre communauté en diversifiant nos activités. Nous sommes présentement limités par la quantité de repas que nous pouvons distribuer. Nous souhaiterions donc augmenter le nombre de repas distribués chaque jour ainsi que la qualité de ceux-ci. Nous pourrions ainsi inclure des fruits et légume frais, ainsi que des desserts. Nous n’avons également pas assez de chaussures, chaussettes et manteaux d’hiver pour les bénéficiaires. Pour résoudre ce problème, nous communiquons sur les réseaux sociaux pour inciter les habitants à donner à notre magasin (la culture du don n’était pas encore très bien implémentée en Roumanie).
PARTAGEZ LES AVANCÉES ET LES SUCCÈS OBTENUS VIA VOTRE ACTION
L’ouverture du Campus Social est un projet dont rêve Emmaüs Iasi depuis plusieurs années. Le Campus est un endroit sûr où les personnes sans-abri peuvent se retrouver, discuter de leurs problèmes, trouver de l’aide et tenter de sortir de la rue. Le Campus nous a permis de rester en contact avec de nombreux bénéficiaires, et d’entrer en contact avec des personnes avec qui nous n’étions pas en lien, grâce au système du bouche-à-oreille qui fonctionne dans la rue. Nous sommes ainsi rapidement informés des nouvelles personnes qui se retrouvent à la rue, afin de les aider le plus rapidement possible. Le fait que le Campus Social fonctionne déjà bien au moment de la déclaration de l’Etat d’urgences météorologique nous a permis de réagir rapidement et d’ouvrir l’accueil de nuit dès les premières neiges et d’aider un maximum de personnes qui auraient sinon dû dormir dehors alors que les températures avoisinaient les -20°. Les compagne.ons qui s’impliquent dans le projet se sentent utiles et ont gagné en confiance en eux et en autonomie depuis qu’ils travaillent au Campus Social. Le projet a été bien accueilli par la population de Iasi et nos actions sont régulièrement partagées par nos partenaires et les associations locales.
VOUS SOUHAITEZ AJOUTER UNE INFORMATION COMPLÉMENTAIRE SUR VOTRE ACTION ?
Nous avons développé de nombreux partenariats locaux, et les effets sur la perception de notre travail par la population et les institutions sont très positifs. La pérennisation de nos activités et le nombre plus important de jeunes compagnons permettent de renforcer ce lien.
En développant nos activités économiques, nous espérons impliquer de manière plus directe et plus importante la population locale à notre action envers les jeunes marginalisés.
QUELS BESOINS AVEZ-VOUS IDENTIFIES POUR AMPLIFIER OU PERENNISER VOTRE ACTION ?
Notre principal besoin est financier. Pour continuer à gérer le Campus Social, il nous faut des fonds aussi bien pour les frais de fonctionnement (factures, salaires, etc.) que pour la distribution des repas et des vêtements / chaussures / couvertures / produits d’hygiène. Nous devons étendre notre réseau de partenaires, impliquer plus de bénévoles sur le projet et éventuellement engager un ou deux assistants sociaux supplémentaires pour le suivi administratif des bénéficiaires.
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