À quelques jours du sommet du G7, Emmaüs International se joint à plusieurs organisations de la société civile pour interpeller les chef·fe·s d’États et de gouvernements. Dans cette tribune, co-signée par Adrien Chaboche, délégué général d’Emmaüs International, les signataires rappellent que les déséquilibres économiques mondiaux sont le résultat de choix politiques et appellent à des réformes structurelles pour construire une économie plus juste et plus solidaire.
Dans quelques jours, la France accueillera à Évian les dirigeant·es des pays parmi les plus puissant·es au monde lors du sommet du G7.
Dans un contexte international marqué par les conflits, l’instabilité économique, l’augmentation des inégalités sociales, une crise énergétique sans précédent et l’aggravation des crises climatique et environnementale, la présidence française a choisi d’inscrire à l’agenda la « réduction des déséquilibres macroéconomiques mondiaux ». Si le constat est juste et l’ambition nécessaire, le diagnostic reste incomplet.
Réduire les déséquilibres de l’économie mondiale suppose d’en assumer les origines : ces fractures ne sont pas des accidents de l’Histoire. Elles ont été construites et alimentées, et le sont encore, par des logiques d’exploitation et de dépendance que les pays du G7 ont érigées en systèmes, et qu’ils perpétuent, souvent sans les nommer, dans leurs choix économiques d’aujourd’hui, avec des répercussions sociales dramatiques. Évian doit être l’occasion de regarder en face ce que le mot « déséquilibre » tend précisément à lisser.
Mais la France a fait l’impasse sur certains déséquilibres majeurs qui gagneraient à être mis à l’agenda des discussions.
Le premier est celui de la dette qui asphyxie les pays du Sud. Aujourd’hui, de nombreux pays consacrent davantage de ressources au remboursement de leur dette qu’à la santé, à l’éducation, à la sécurité alimentaire ou à la protection sociale. Plus largement, les flux financiers se sont inversés : les pays du Sud envoient vers les pays du Nord davantage d’argent qu’ils n’en reçoivent, sous l’effet combiné du service de la dette, du rapatriement des profits et des sorties illicites de capitaux. Ce système prive des centaines de millions de personnes, et de manière disproportionnée les femmes et filles, des ressources indispensables à la réalisation de leurs droits fondamentaux et à la lutte contre un changement climatique dont elles subissent les pires conséquences alors qu’elles n’en sont pas responsables.
Le deuxième déséquilibre est celui de l’extrême concentration des richesses. Alors que des milliards de personnes font face à une explosion du coût de la vie et à une intensification des conflits et des catastrophes climatiques, la fortune cumulée des milliardaires à travers le monde atteint des sommets : 18 300 milliards de dollars – soit environ le PIB de la Chine. De plus en plus de voix s’élèvent aux quatre coins de la planète, exigeant des mesures concrètes pour limiter la mainmise d’une infime minorité sur une part croissante de la richesse mondiale, condition sine qua non pour réduire les fractures sociales et économiques et renforcer les démocraties.
Le troisième déséquilibre réside dans un système fiscal international obsolète qui permet encore aux multinationales et aux plus grandes fortunes de contourner les règles fiscales, de déplacer artificiellement leurs bénéfices et de réduire leur contribution à l’intérêt général, privant les États de recettes essentielles pour financer les services publics, la réduction des inégalités et l’action climatique.
Le quatrième déséquilibre est celui des super-profits indécents réalisés sur le dos des crises. Dans les secteurs de l’énergie, du transport maritime, de l’agroalimentaire ou de la finance, certaines grandes multinationales profitent des guerres, des tensions géopolitiques et des perturbations économiques pour accroître leurs marges, tandis que des centaines de millions de personnes peinent à joindre les deux bouts et voient leurs conditions de vie se dégrader à vue d’œil.